21 juillet 2010

La rubrique de Daniel Asselin : La micro-philanthropie, une stratégie qui se développe

La micro-philanthropie est encore peu connue. Pourtant, c’est grâce à cette stratégie que Barack Obama a réussi à financer sa campagne présidentielle en amassant plus de 500 M$, avec des dons moyens de moins de 100 $. Signe du succès et de l’intérêt suscité par cette nouvelle approche en collecte de fonds, une grande école de commerce parisienne lancera, à la rentrée 2010, une chaire de micro-philanthropie pour les étudiants du MBA ESG Commerce International en partenariat avec l’entreprise Generous People, qui lutte contre les maladies cardio-vasculaires dans les pays pauvres.

S’appuyant sur les réseaux sociaux, la micro-philanthropie pourrait bien devenir une stratégie innovante de partenariat entre entreprises et organismes philanthropiques.

Les petits ruisseaux font les grandes rivières

Le principe de la micro-philanthropie est simple : il s’agit de multiplier les petits dons pour obtenir des sommes importantes. Cette nouvelle stratégie de collecte de fonds s’inspire indirectement des principes de la microfinance et du microcrédit qui se sont surtout développés ces dernières années dans les pays en voie de développement. Si le micro-don peut se pratiquer à l’occasion d’un simple partenariat commercial reverser un ou deux dollars à un organisme par produit acheté, par exemple c’est surtout Internet et les réseaux sociaux qui lui ont permis de prendre de l’ampleur, et ce à grande échelle. Ainsi, le développement de la micro-philanthropie sur Internet est un exemple de la manière dont le Web transforme les outils philanthropiques existants. Il est à présent possible de solliciter partout dans le monde bien au-delà de son cercle de contacts initial, de multiplier les petites contributions, voire même de créer un réseau social autour d’une cause. Kiva en est un exemple concret  : il s’agit d’un site qui permet aux individus de donner de petites sommes pour des projets de microcrédit dans les pays en voie de développement.

Cette stratégie pourrait se révéler intéressante pour les organismes philanthropiques, qui élargissent ainsi leur cercle de donateurs en ciblant une population n’ayant pas ou peu accès au don : donner un ou deux dollars est en effet à la portée de tous, et le succès de cette initiative repose sur la force de la masse. Pour les donateurs, les avantages sont nombreux : comme le donateur peut souvent choisir une cause et un projet précis, le micro-don permet de constater de manière très concrète l’impact des sommes versées, même pour des montants faibles.

L’exemple de MASSIVEGOOD : une démarche éthique, fondée sur des partenariats

Portée au départ par des plateformes majoritairement américaines comme Donors Choose (aidant les professeurs dans les écoles publiques des États-Unis), Global Giving (offrant la sélection des projets par zone géographique ou par thèmes) ou encore Reality Charity (sorte d’E-Bay du don), le micro-don a pris récemment de l’ampleur avec MASSIVEGOOD, initié par Unitaid, une agence internationale liée à l’ONU dont le mandat est de mettre en place des financements innovants pour la santé dans le monde. Sa force repose essentiellement sur un partenariat public-privé impliquant de grandes entreprises, des leaders du tourisme et du voyage comme Accor Hotels ou Travelocity, ainsi que de la réservation en ligne comme Amadeus, Sabre ou Galileo. Les voyageurs de certains pays pourront donc, d’un simple clic sur les sites de ces partenaires, accepter de verser 2 $, 2 € ou 2 £ au profit de la lutte contre le VIH, la malaria et la tuberculose et de l'amélioration des soins de la mère et de l'enfant dans les pays en développement. On estime que cette opération pourrait rapporter entre 600 millions et 1 milliard de dollars sur quatre ans. MASSIVEGOOD est un projet à grande échelle, bénéficiant d’outils de communication conséquents : Spike Lee, Paul Auster ou Bill Clinton sont quelques-uns des porte-parole du projet.

Des stratégies innovantes pour les entreprises en termes de responsabilité sociale

Le micro-don pourrait aussi générer, à terme, de nouvelles formes de partenariat entre les entreprises et les organismes philanthropiques. Au Québec, les partenariats commerciaux au profit d’une bonne cause sont nombreux, et il n’est pas rare de voir une marque ou une personnalité s’associer à un organisme à but non lucratif en reversant une partie du bénéfice de la vente d’un produit. On peut penser, à ce titre, aux bijoux Caracol qui ont créé une collection spéciale pour Leucan, versant 1 ou 2 $ pour chaque bijou vendu, ou encore aux Cowboys Fringants qui versent 1 ou 2 $ sur chaque billet ou album vendu à sa fondation de protection de l’environnement.

Cependant, le micro-don, alliant généralement partenariat commercial et stratégie Internet, semble encore peu s’imposer. Au Canada, les initiatives sont majoritairement anglophones : un des gagnants de la toute première compétition du Fonds communautaire Aviva est un projet nommé Charity CHAMPS, qui vise à établir une nouvelle collectivité en ligne pour les Canadiens âgés de 13 à 25 ans et à promouvoir et développer des comportements responsables chez les jeunes par le biais de la micro-philanthropie. En France, la micro-philanthropie semble également se développer, avec l’initiative MicroDON : en partenariat avec une grande enseigne du secteur de l’alimentation, des cartes sont disponibles aux caisses, représentant le projet spécifique d’une association, et permettent de faire un don de 1, 2 ou 5 $. Cette solution de financement innovante gagne donc peu à peu du terrain.

Pour développer la micro-philanthropie, tout est donc encore à construire en matière d’innovation et de partenariats au Québec. À l’heure où la plupart des grandes entreprises investissent dans les réseaux sociaux pour renforcer leur visibilité, et où certaines d’entre elles cherchent à développer des démarches éthiques afin de se distinguer de leurs concurrents, s’associer à de telles initiatives pourrait se révéler intéressant en termes d’image et de positionnement. Qui plus est, la micro-philanthropie se développe majoritairement sur Internet via les réseaux sociaux, et séduira sans doute cette fameuse « Génération Y » à laquelle les entreprises s’intéressent tant.

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